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Mémoire boite noire

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janvier 18, 2013 par mediamons

Retour sur « Alaska » de Patrick Masset

 alaska-dr_y54Comme en échos à la thématique développée dans « la sélec » de juin 2012 : « mémoire boite noire », « Alaska » le spectacle de Patrick Masset programmé au théâtre le manège à Mons du 27 novembre au 2 décembre ainsi que dans trois autres scènes de la communauté française pose cette question : « Si nos cerveaux étaient des boites noires après un accident, quelles chansons entonneraient-ils, Quelles fables raconteraient-ils ? ». Patrick Masset  convoque le cirque, l’opéra, la danse et l’art de la parole. Il s’inspire en partie du texte du roman de Tom Lanoye : « la langue de ma mère » dans lequel l’écrivain rend hommage à sa mère, comédienne amateur frappée d’aphasie suite à une attaque cérébrale. L’auteur a lui-même porté sur scène en 2011, la lecture de ce texte bouleversant.

Tom_Lanoye_La_langue_de_ma_merePatrick Masset a l’intelligence de replacer deux extraits de ce texte en établissant un lien entre cette perte de l’expression verbale et les liens mystérieux qui se tissent entre la musique et le cerveau. Pour cela il se réfère aux écrits du neuropsychologue Olivier Sacks  qui a constaté qu’il y a dans le cerveau plus d’aires cérébrales affectées au traitement de la musique qu’a celui du langage. En 1993, Peter Brook avait déjà adapté à la scène un ouvrage de cet auteur : « l’homme qui prenait sa femme pour un chapeau ».

sacks-musicophiliaDans son livre : « musicophilia », Olivier Sacks questionne les rapports  du cerveau à la musique au travers de portraits de personnes atteintes d’accidents cérébraux ou de maladies mentales. Sa méthode ne perd jamais de vue l’être humain et sa pathologie tout en mettant en évidence le rôle du cerveau dans la production de la normalité et de l’anormalité.

Patrick Masset s’est donc inspiré de diverses sources littéraires ainsi que de la réminiscence du souvenir propre de lieux intimes et personnels pour créer un spectacle qui fonctionne tout en brisures sensorielles . Au mutisme des corps qui se cognent aux parois d’une cage s’oppose les envolées lyriques du chant.  La scénographie adopte l’enchainement de la confusion mentale et ne semble suivre aucune ligne narrative intelligible mais en fin de compte elle laisse apparaitre des espaces de reconnections.

Comme il le définit lui même en parlant de sa démarche artistique « Jadis, les hommes ne pouvaient rien faire d’autre de leurs pensées que de s’en souvenir. Ils n’avaient pas l’alphabet pour les transcrire, pas de papier sur lequel les consigner. Toutes les idées qu’ils voulaient préserver et transmettre, ils devaient les garder en mémoire.

Aujourd’hui, semble-t-il, nous nous souvenons de bien peu de choses car les agendas électroniques, internet, les livres et autres photographies nous dispensent de mémoriser un bon nombre de choses. Peut-on dire que la mémoire se transforme et nous transforme ? D’autre part, nous vivons de plus en plus vieux avec l’apparition et la propagation de maladies nouvelles (Alzheimer,…), sans parler des accidents divers directement liés au cerveau. Nous venons tous au monde amnésique, et un certain nombre d’entre nous le quittent de la même façon ».

 

Pistes pédagogiques Pour « Alaska » de Patrick Masset

Cinéma /documentaires

Quelques films dignes d’intérêts se penchent sur les diverses altérations de la faculté de mémoire. Derrière le succès de blockbusters comme « la mémoire dans la peau » où l’amnésie est  d’abord un élément purement scénaristique on peut trouver d’autres films  où  la perte de mémoire consécutive à un traumatisme est traitée comme un vrai sujet. Deux films canadiens, Amnésie : l’énigme James Brighton (VA0320) Inspiré d’un fait divers, explore avec succès les concepts de mémoire, d’identité et de désir.  Mémoires affectives (VM0911)  est un film dédale sur la quête d’identité, avec ce que cela implique d’indiscernable entre objectivité et subjectivité.  Mémento  (VM1603) de Christopher Nolan est un thriller original où le personnage central  suite à un coup reçu,  oublie tout au fur et à mesure, chaque acte, chaque personne et est amené pour conserver des traces d’informations  jusqu’à se les tatouer sur son corps. Plus léger « Novo » (VN5521) de  Jean-Pierre Limosin met en scène un personnage de bel  ahuri, incapable de se souvenir au-delà de dix minutes. L’argument de l’oubli d’une partie de sa vie est aussi relativement léger dans « la vie d’une autre » (VV0333) adaptation par Sylvie Testud d’un roman de Frédérique Deghelt.  Dans « eternal sunshine of the spotless mind » (VE7279), Michel Gondry  traite le sujet  par une fable métaphysique  mélancolique où le choix de l’effacement serait devenu possible.

La mémoire effacée ( VM1464) de joseph Rubben ainsi que «  babbycall »  (VB1149) du réalisateur Norvégien Päl Sletaune ont en commun la perte d’un enfant comme origine de la perte de mémoire.  « Se souvenir des belles choses »  ( VS1334) de Zabou Breitman est aussi basé sur les effets du même choc  émotionnel ainsi que sur ceux de  La maladie d’Alzheimer. Sur les ravages de cette maladie, Bruno Chiche avec « je n’ai rien oublié » (VJ0260)  choisit de considérer l’irréversibilité du processus autant comme un retour vers l’enfance que comme une plongée inexorable dans la vieillesse. Le cinéaste flamant, Eric Van looy signe avec « La mémoire du tueur » ( VM1465) un film policier original où un tueur à gages vieillissant est atteint par les premiers symptômes de la maladie. Avec « cortex » (VC0589) Nicolas Boukhrief signe aussi un thriller sur des bases similaires. « Iris »                ( VI5765) de Richard Eyre est un film sobre et plus profond sur le sujet.  Il est   basé sur un roman relatant la fin de vie de la romancière Iris Murdoch.

Le traumatisme de la guerre  qui déclenche l’amnésie, la perte de mémoire, beaucoup de films en donnent des exemples  mais retenons « valse avec Bachir » (VV0160) de Ari Foldman   un film d’animation très original sur les rapports entre culpabilité et mémoire au niveau personnel et collectif dans le contexte de la guerre du Liban. « Les fragments d’antonin » (VF0393) de Gabriel Le Bomin est un film bouleversant  sur la guerre des tranchées réalisé à partir d’un remarquable travail de recherche historique sur les traumatismes  psychiques  causés par la « grande guerre ».

Au rayon documentaire : « la mémoire retrouvée » (TN8456) décrit une expérience de musicothérapie menée avec des personnes âgées atteintes d’Alzheimer. « Les mots perdus » (TN5282) Est un documentaire fiction sur l’aphasie. « Présence silencieuse » (TN6401) est  la description du parcours d’un homme confronté à la maladie d’Alzheimer. Sa propre fille qui le filme refuse que cette dégénérescence ne soit que perte et souffrance. Leur proximité permet   de réaliser un témoignage d’une grande intensité.  « L’œil de verre- William Untermohlen, vision intérieure de la maladie d’Alzheimer » (TN5761), montre pour la première fois un homme communiquer ses sentiments et ses pensées à l’intérieur  même de cette maladie par l’intermédiaire de la peinture.

Pour les interrogations posées sur la norme : quelle place pour la folie, le désordre dans une société codifiée ? Le documentaire « San clémente » (TN7090) de Raymond Depardon est un admirable regard sur la folie au quotidien. « Histoires autour de la folie », mémoires d’asile » (TN3730)  est une traversée de la mémoire vécue des lieux de traitement  de la folie de l’ancien « asile de fou » dans les années 1920 jusqu’aux hôpitaux psychiatriques au début des années 90.

Musiques / Textes littéraires.

Article dans «  la sélec » de Benoit Deuxant : « The caretaker : la mémoire qui s’effrite ».

http://www.lamediatheque.be/mag/selec/selec_22/caretaker.php

Des références bibliographiques :

Books numéro spécial musique N°14 juillet-août 2010 : Le pouvoir de la musique.

www.booksmag.fr

Daniel Levitin : De la note au cerveau. L’influence de la musique sur le comportement

Edition Héloïse D’Ormesson, 2010.

Olivier Sacks : Musicophilia. La musique, le cerveau et nous.

Paris, Seuil 2009.

Siri Hustvedt : La femme qui tremble

Editions Acte sud .

Tom Lannoye : La langue de ma mère.

Editions la différence.

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