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Retour sur la sélec : « faux et jouissance du faux »

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janvier 18, 2013 par mediamons

« Ni vrai, ni faux ». Relation du réel et de la fiction dans le cinéma d’Abas kiarostami. 

Lors du débat en juin 2012 sur la thématique de la sélec  «faux et jouissance du faux »,  Le film « close-up » du cinéaste Iranien Abbas Kiarostami s’est imposé à moi.  D’abord par son sujet : l’usurpation d’une identité ensuite au-delà du fait divers  dans la construction même du film et dans  l’ensemble de l’œuvre du cinéaste. Il  renvoie à ce que l’éditorial de la « sélec » qualifie «  d’accouplement parfait autant que contre nature entre réel et fiction » mais qui m’apparait plutôt chez kiarostami comme étant au contraire dans la nature des choses. Dans ce film Il constate en effet que le besoin de fiction semble nécessaire à celui qui veut exister aux yeux des autres.  Dans le documentaire de la série «  cinéaste de notre temps » intitulé «  vérités et songes » que Jean-Pierre Limosin consacre au cinéaste Iranien, celui-ci déclare  «  Que ce soit du documentaire ou de la fiction, le tout est un grand mensonge que nous racontons. Notre art consiste à le dire de sorte qu’on le croie. Qu’une partie soit documentaire ou une autre reconstituée, c’est notre méthode de travail, elle ne regarde pas le public. Le plus important est que nous alignons une série de mensonges pas réels mais vrais en quelque sorte. Ca c’est important […] Tout est entièrement mensonge, rien n’est réel mais le tout suggère la vérité ».

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Dans son premier long métrage en 1974 « le passager »Kiarostami s’intéresse déjà  à un jeune garçon qui pour réaliser son rêve (assister à un match de football) utilise différentes falsifications pour récolter le montant du trajet. On y  assiste à une scène magnifique où celui-ci  utilise un appareil photo sans pellicule pour extorquer de l’argent à d’autres enfants qui défilent pour se faire photographier  (elle est par ailleurs reprise dans le documentaire « vérités et songes où elle est commentée par l’acteur 20 ans plus tard).

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Tourné en 1990 « close-up » part d’un fait divers réel que le cinéaste lit dans la presse et qui le fascine au point qu’il décide en peu de temps de rassembler une équipe de tournage pour filmer l’affaire. Sabzian, un homme sans emploi mais passionné de cinéma s’est fait passer auprès d’une famille bourgeoise pour le cinéaste Moshen Makhmalbaf . Il va jusqu’à leur faire croire qu’il pourrait réaliser un film dans leur maison et  leur faire jouer  un rôle. Démasqué il est emprisonné et traduit en justice pour escroquerie. Kiarostami va s’emparer de cette histoire au point d’intervenir dans le procès et même d’en favoriser le dénouement positif. Il va donc reconstituer les scènes antérieures à son intervention et filmer le vrai procès mais selon un dispositif qui en modifie le déroulement habituel pour ensuite conclure sur une scène sublime de faux cinéma direct où il fait se rencontrer le vrai et le faux Makhmalbaf.

Ce film fascinant a été amplement, analysé tant au niveau de la forme que du fond. Sur le site Critikat.com, Arnaud Hée  signale que le découpage du film est disponible  sur le lien www.ailesdudesir.com.

En gros, quatre séquences concernent la reconstitution de l’affaire présentées sous couvert d’objectivité. Deux scènes sont par ailleurs symétrique puisqu’elles montrent un même événement,  l’arrestation vu de l’extérieur (1ere scène du film) et de l’intérieur (scène insérée dans le procès). Quatre séquences procèdent de l’enquête, elles sont filmées par Kiarostami  hors champ  comme dans un documentaire d’investigation sauf  lors de sa rencontre avec sabzian en prison où il apparait filmé de dos.

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Trois séquences concernent le  procès lui même. Il semble qu’il s’agit du véritable déroulement du procès sans reconstitution mais dans une procédure inhabituelle car kiarostami a obtenu de  pouvoir filmer dans le tribunal  selon un principe duel qu’il va expliquer dans la première séquence au début du procès. Les deux caméras utilisées sont montées avec des objectifs de focales différentes. Le grand angle permet de filmer la salle entière (juge, familles) et se concentre sur tout ce qui concerne le procès en escroquerie. L’autre objectif permet de filmer l’accusé en gros plan (close-up) en  lui donnant la possibilité de s’exprimer sur tout ce qui concerne  l’explication de l’acte.

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 Le cinéaste intervient par ses questions comme un avocat  qui veut accréditer la thèse qu’il ne s’agit pas d’une escroquerie mais d’un désir d’être un autre, d’un désir de fiction surtout pour un homme au marge de la société qui a soudain l’opportunité de se faire reconnaitre comme un cinéaste qu’il admire précisément  pour le fait qu’il soit capable de parler des laissés pour contre de la société ( le cycliste). L’insertion dans le procès de la séquence montrant la première rencontre entre Sabzian et la mère de la famille vient confirmer l’absence de préméditation. C’est une scène très forte mais qui est complètement reconstituée de plus entre opposants du procès, un mensonge donc mais une vérité tout de même. La dernière scène du film, celle de la rencontre entre le faux et le vrai Makhmalbaf est par contre bien réelle mais provoquée, de plus les conditions d’enregistrement sont falsifiées dans la mesure où les coupures  de son  sensées provenir d’un défaut technique sont en réalité provoquées par le cinéaste qui veut ainsi probablement sauvegarder une part d’intimité et d’indicible à la rencontre.

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 A partir de « close up en 1990, la plupart de ses films jouent en permanence sur cet envahissement réciproque du réel et de la fiction. C’est avec « au travers des oliviers » en 1993 que cette mécanique atteint sa plus parfaite virtuosité  mais elle reste au cœur de film comme « le vent nous emportera »et bien évidement du déroutant « copie conforme ».

Outre le site déjà cité : www.critikat.com/close-up

L’édition du film close-up au éditions Montparnasse comporte en complément l’indispensable : Abbas Kiarostami, vérités et songes, par Jean-Pierre Limosin de la collection « cinéma, de notre temps ».

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Deux autres compléments sont également pertinents pour comprendre la   réflexion et la méthode du cinéaste sur la relation du réel et de la fiction dans son cinéma.

Trois séquences commentées par Jean-Michel Frodon  en complément de l’édition chez MK2 de « Au travers des oliviers » sont aussi très éclairantes. Elles mettent en évidence la complexité et la richesse cachée dans une mise en scène en apparence très simple.

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La leçon de cinéma, également en complément de l’édition chez MK2 de « le vent nous emportera » est une explication riche et pleine d’humour du cinéaste lui-même sur les différentes thématiques qui parcourent son œuvre.

Un magnifique essai de l’écrivain et critique Youssef Ishaghpour au éditions « farrago » : « Le réel, face et pile, le cinéma d’Abbas Kiarostami »  apporte aussi un éclairage philosophique et poétique.

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