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Traduire

novembre 5, 2013 par mediamons

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Ce 15 octobre, l’université de Mons a proposé une conférence-débat qui voulait dresser le portrait de traductrices et traducteurs belges au rang desquels on peut trouver quelques figures connues de la littérature comme Margueritte Yourcenar, Maurice Carême ou Maurice Maeterlinck  mais surtout un grand nombre d’anonymes dont le rôle dans la transmission des textes littéraires est pourtant essentiel. Comprendre leurs objectifs, leurs méthodes de travail, découvrir leurs motivations ou les liens particuliers qu’ils tissent avec les auteurs qu’ils traduisent, c’est entrer dans une philosophie du langage.  Les questions soulevées par les choix posés sur la manière de rester le plus fidèle possible aux textes et aux auteurs touchent aux relations très complexes qui relient le sens des mots, leurs racines et la culture dans laquelle ils ont évolués.

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C’est ce que montre de toute évidence le film «  traduire » de la cinéaste israélienne Nurith Aviv qui commence avec la relation d’un épisode fondamental de l’histoire juive qui concerne la première traduction à Alexandrie de la torah en grec réalisée par septante deux sages qui fournirent la même version sans se concerter. C’est cette traduction dite des septante qui devint l’ancien testament des chrétiens. Pourtant selon la tradition juive cette traduction reste une erreur car si elle pouvait accompagner le texte original, elle ne pouvait pas le remplacer.

Fidèle a un dispositif filmique très sobre qu’elle avait déjà mis en place dans la construction de ses films précédents sur la langue, la cinéaste donne la parole (au sens de prendre langue) à une dizaine de traductrices et traducteurs parfois poétesses ou poètes eux-mêmes.  ahOn voit apparaître les relations très riches qui se nouent parfois à travers plusieurs siècles de distance entre un auteur et son traducteur et comment ces rencontres provoquent chez le traducteur un changement d’optique dans sa pratique littéraire ou même un changement de point de vue sur sa propre langue. En quelques minutes l’essentiel est dit avec une concision et une précision intimidante.

tableauL’œuvre de Nurith Aviv fera l’objet d’un cycle présenté par la cinématek à flagey au mois de Décembre où elle présentera son dernier film : « Annonces ». Connue comme chef-opératrice pour Agnès Varda, René Allio, Jacques Doillon ou Amos Gitai, elle est également une étonnante documentariste captivée par la langue comme vecteur de transmission et au-delà les rites et les mythes qui composent le tissu culturel.

biblio« Traduire » est d’ailleurs indissociable des deux premiers opus que la réalisatrice a consacrés à la langue hébraïque. « D’une langue à l’autre » va à la rencontre de l’histoire personnelle de poète, d’écrivain, de chanteur, d’actrice ou de philosophe pour qui l’hébreu est venu se substituer et s’imposer à la langue maternelle parfois avec une certaine violence mais si la diversité des expériences est remarquable, ce qui apparait comme unique c’est la place intime que continue d’occuper la langue maternelle même quand son usage a complètement disparu. « Langue sacrée, langue parlée » met en évidence l’incroyable destinée d’une langue, l’hébreu inutilisée pendant des siècles, sacralisée puis ressuscitée comme langue du quotidien par la volonté politique du mouvement sioniste. Un phénomène peut-être unique dans l’histoire de l’humanité (un peu comme si le sud de l’Europe décidait de reparler le latin). Dans le prologue du film, Nurith Aviv introduit magnifiquement cette problématique par une mise en abime historique d’une concision remarquable.

C’est par ailleurs le terme qui peut s’appliquer à l’ensemble de l’œuvre de la cinéaste rassemblé dans un coffret peaufiné par les éditions Montparnasse. Belle réalisation qui comprend un livre reprenant l’ensemble du texte des trois films cités. Une démarche parfaitement justifiée par l’incroyable densité des témoignages. Tout aussi indispensable, les cours métrage : « vaters land » et « l’alphabet de Bruly Bouabré », l’intervention d’Hélène Cixous après la projection de « langue sacrée, langue parlée » au jeu de paume et la remise en 2009 du prix Edouard Glissant, où celui-ci relève que si une langue peut en dominer une autre, une langue peut se multiplier dans une autre ou peut se structurer et aider à ranimer une autre. Et qu’en fin de compte, chaque traduction d’une langue à une autre renvoie à toute traduction de toute langue à une autre langue.

 Coffret Nurith Aviv  TA0601.

Et pour compléter sur les textes de la tradition religieuse juive, voir les documentaires de Pierre-Henri Salfati : » L’invention de l’occident » : TF4251 où il est de nouveau question de « la septante » et « Talmud » : TF8781.

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Enfin sur la traduction comme acte littéraire fondamental, il faut aussi voir absolument le très beau film de Vadim Jendreyko, « la femme aux 5 éléphants » TA4151.

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P.M.

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