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Warhol’s night au BAM : Repérage musical et cinématographique

janvier 8, 2014 par mediamons

En juillet 2012, « le monde » publie un article de Nathalie Herzberg : » Impossible d’échapper à Andy Warhol ». Elle y évalue l’influence actuelle de l’artiste en constatant son omniprésence à New-York où trois expositions étaient alors programmées tandis qu’il s’en déroulait dix autres aux Etats-Unis et vingt-quatre dans le reste du monde. L’engouement suscité par l’actuelle exposition au BAM à Mons, « Life, Death and Beauty » confirme que même vingt-cinq ans après sa mort cet artiste qui continue à inspirer autant de rejet que d’admiration attire et fascine au-delà du cercle de ses admirateurs. L’exposition de Mons a le mérite d’approfondir un aspect peu évident de sa production artistique, en rassemblant des œuvres misent en lien avec l’aspect religieux de sa personnalité.

Ces 8 et 9 janvier 2014, « Musiques Nouvelles »proposera une performance multimédia mêlant musique live (créations et reprises), projections, documents d’époque et poésie. Voilà donc l’occasion de rappeler si nécessaire que l’œuvre de Warhol est aussi cinématographique, littéraire et musicale.

En 2008, l’exposition « Warhol live » réalisée par le musée des beaux-arts de Montréal a analysé l’influence de la musique sur son inspiration artistique et réciproquement celle qu’il exerça sur la scène musicale rock avec comme point focal, la mise en scène et les performances multidisciplinaires qu’il a créé autour du groupe mythique le « Velvet underground ».

Le rapport est d’abord iconographique. Dès 1949 au moment de l’apparition du « 33 tours » jusqu’à ‘sa mort en 1987 qui correspond curieusement à sa disparition, Warhol a régulièrement réalisé des illustrations de pochettes de vinyle. La diffusion des œuvres musicales est alors entrée dans sa seconde ère de reproductibilité technique, un phénomène qui n’est pas tout à fait sans lien avec l’application qu’en fait Warhol sur la reproductibilité de ses œuvres iconographiques.

Count BasieVelvetSticky fingers

Rolling stonesJohn Lennonb

Des illustrations des années 50, la plupart du temps pour des jazzmen en passant par la fameuse banane du Velvet , la bragette et le logo des stones jusqu’à l’ultime  pochette pour les Smiths Warhol a entretenu une proximité artistique avec beaucoup de stars du rock : Les membres du Velvet (John Cale, Lou Reed et Nico qu’il imposa au groupe), John Lennon et Yoko Ono, Mick Jagger, David Bowie et même Bob Dylan dont deux chansons de l’album « blonde on blonde » sont composées en référence à Andy warhol et Eddie Sedgwich ( like a rolling stone, sad eyes lady of the lowlands).

Ce rapport d’illustrateur, de metteur en scène et d’inspirateur est bien connu mais ce qui l’est moins c’est le lien entre son écoute musicale et sa création picturale et cinématographique. L’exposition de Montréal a mis en évidence sur ce plan des connexions importantes. Des spécialistes pensent qu’Andy Warhol était atteint d’une forme atténuée d’autisme, le syndrome d’Asperger dont on a également trouvé des symptômes chez le compositeur Eric Satie. « Véxations » une de ses œuvre pour piano qui consiste à reprendre très doucement 840 fois une mesure de 80 secondes a été interprétée en public pour la première fois en 1963 par John Cage et Warhol y assistait. On peut donc voir également des liens entre son écoute des compositeurs répétitifs ( le minimalisme new-yorkais auquel John Cale est lié), le passage en boucle de musique rock et sa technique de travail.

Le rapprochement est aussi valable au niveau de sa création cinématographique. Quand on envisage la durée de ses films sous l’angle de l’étirement du temps mais aussi sous celui du montage qui correspond techniquement à la juxtaposition de fragments apparemment identique qui subissent comme dans la musique sérielle d’imperceptible infléchissement.

Warhol n’était pas le premier plasticien a utiliser les moyens du cinéma pour vérifier ses théories artistiques, Dali et Duchamps, ses pères spirituels l’avaient fait dés les années 20. Cependant il s’y est appliqué de manière beaucoup plus significative en réalisant un grand nombre de films expérimentaux.

Dès 1963 avec « sleep » où il montre pendant plus de cinq heures, le sommeil du poète John Giorno, en passant par « empire » ( 8 heures), « Chelsea girl », les Screen Tests jusqu’à ses collaborations avec Paul Morrissey ( Trash, flesh…) qui sont de nature plus classiques et commerciales. Wharhol est aussi proche de cinéaste issus du cinéma underground new-yorkais comme Jonas Mekas ou Marie Menken qui fréquentent  la « factory » et participent à certains films ou performances qui s’y déroulent. Il faut aussi replacer ses films dans le contexte de la naissance de l’art vidéo qui apparaît au Etats-unis à partir de 1963 également influencé par « fluxus », la performance, l’art conceptuel et le minimalisme.

Lou

NicoBob

Le pardoxe chez Warhol  reste le grand écart apparent entre cette remise en question des formes classiques du cinéma et sa fascination pour le star système hollywodien.Dans son introduction à l’art vidéo, Sylvia Martin signale que Nam June Paik et Andy Warhol font partie des premiers artistes qui utilisent l’équipement portatif dés son apparition.

wharol tv

En 1965, Warholl présente « outer and inner space » sous la forme de projection splitscreen montrant des prises de vues d’Edie Sedgwich avec parallèlement celle-ci regardant le même film sur un moniteur. Il donne ainsi à réflechir sur les conditions de production de l’image et les met en dialogue. On peut dire aussi qu’avec « sleep », warhol a ouvert le voie au travail de l’art vidéo sur la temporalité qui s’opposait à l’illusionisme du cinéma traditionnel. C’est ce travail que l’on retrouvera chez Rodney graham ( halcion sleep en 1994), stan Douglas ( win, place or show en 1998) ou Douglas Gordon ( 24 hour psycho en 1993).

tv warholEn 2009 à la fondation « la maison rouge » à Paris, l’exposition « Warhol TV » montrait aussi sa fascination pour la télé pop(ulaire). En effet il prolongeait déjà dans ses créations télévisuelles, l’idée de pur réalisme développée dans « sleep », en laissant sans intervention et en continu  tourner la camèra dans un lieu pour simplement diffuser des images et des sons ou mise en représentation et réalité se confondent.

Pour autant l’influence de warhol sur le cinéma classique semble anecdotique. En 2010 dans une conférence intitulée « comprendre warhol », Thomas Crow voyait dans la mise en scène photographique par Jean-Luc Godart de Brigitte Bardot dans le « mépris » (1963), l’imitation ( la répétition) de la dualité établie l’année précédente par warhol pour les portraits de marylin Monroe et d’Elisabeth Taylor.  Dans un article « Andy Warhol, un cinéaste sans rejeton » publié dans « positif » en décembre 2012, Nicolas bauche constate que ses longs métrages sont contaminé par les instalations plastiques et sont donc des non sens cinématographique. Il cite la productrice  Pascale Dauman qui voit apparaitre une généalogie partielle chez Peter grenaway ( le voleur, sa femme et son amant) ou Wim Wenders ( la scène du peep show dans Paris Texas). Des cinéastes comme Almodovar ( la folie chromatique de ses premiers films), John waters ( l’esthétique trash et provocatrice) ou Tod Haynes        (le modèle sérigraphique autour de la représentation éclatée de Bob Dylan dans « I’m not there ») doivent quelque chose à Warholl mais finalement plus au plasticien qu’au cinéaste.

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Y-a-t-il finalement un paradoxe  chez Warhol  dans ce grand écart apparent entre la remise en question des formes classiques du cinéma et sa fascination pour le star système hollywodien ?

Dans un livre associé à l’édition dvd de son film « dans la chambre de Vanda », le cinéaste Portugais Pedro Costa rend hommage au cinéma de Warhol et dénonce le fait que beaucoup d’autres cinéastes ou critiques qui n’ont pas vraiment vu ses films s’en fasse une opinion méprisante. Admirateur de Howard Hawks ou de John Ford, Pedro Costa qui travaille aussi sur le plan esthétique dans le réalisme et la durée ne la voit surement pas lorsqu’il dit de lui : « Ce n’est pas un intellectuel et comme cinéaste je trouve qu’il vient du même côté, de la tradition : Hollywood- c’est ce qu’il aime d’ailleurs-, mais aussi la tradition réaliste, hyperréaliste. Montrer certaines choses de notre pauvre existence humaine : des gens qui se parlent, qui couchent, qui fument des cigarettes. Et, peut-être sans chercher, il trouve ce que je passe trois ans à chercher », mais en parallèle il revendique ce cinéma comme œuvre de musée ; « J’ai fait une expérience, j’ai montré huit heures de rushes au musée de Porto. Il y avait un lien avec Warhol évidemment, par la durée et la démesure, l’inutilité, parce que personne ne va voir ça. C’est évidemment fait pour les gardiens du musée ! Eux sont obligés de mettre le projecteur en marche à dix heures du matin et d’arrêter le soir. Ils vivent avec ça, et Warhol l’a dit une fois dans un entretien. The chelsea girls est conçu pour deux écran parallèles, avec un ordre des bobines de chaque côté, selon un schéma établi par Warhol. Un ami à lui va le voir au cinéma, puis fonce à la Factory et lui dit : « Andy, c’est une catastrophe, ils passent the Chelsea girls là-bas, la bobine B a commencé et la C est encore là, donc ils ont interverti les bobines. Et Warhol répond : « Non, c’est très bien, c’est un acte créatif du projectionniste ».

A la suite de cette anecdote qui pourrait révéler de la désinvolture, Pedro Costa voit au contraire un artiste très attaché à la fragilité des choses et de celui qui disait : « Un film, c’est une archive de quelque chose qui disparaît » il conclut : « Vraiment, c’est un homme très sérieux (…) il faut de la gravité, habiter ce monde avec le poids de ses sentiments et pas juste son talent. »  

P.M.

epedro costa

Références et sélection à la médiathèque

Ses films expérimentaux

  • THE CHELSEA GIRLS – ANDY WARHOL-DVD TW8501
  • I A MAN – ANDY WARHOL – DVD – TW8503
  • NUDE RESTAURANT – ANDY WARHOL – DVD – TW8504
  • 13 MOST BEAUTIFUL… SONGS FOR ANDY WARHOL’S SCREEN TEST – DVD – TW8505
  • 4 SILENT MOVIES – ANDY WARHOL – DVD – FOUR SILENT MOVIES – ANDY WARHOL – DVD – TW8502

 

Les films expérimentaux réalisé par d’autres sur lui ou la factory

  • CIAO! MANHATTAN (PALMER & WEISMAN – VERSION SOUS-TITRÉE) –  TW5775
  • NOTES ON MARIE MENKEN – MARTINA KUDLÁCEK –  TW3951
  • VISIONS OF WARHOL – MEKAS, MAAS, MENKEN – TW8226
  • WALDEN – JONAS MEKAS – 1964-69 DIARIES, NOTES AND SKETCHES – TW5000

                                                           

Documentaires sur Warhol

  • VIES ET MORTS D’ANDY WARHOL – COFFRET DVD – TC8871
  • SILVER FACTORY – DVD – ANDY WARHOL’S FACTORY PEOPLE – DVD – TC9021
  • SEX, DRUGS AND ROCK’N ROLL – ANDY WARHOL’S FACTORY PEOPLE – DVD – TC9022
  • SURVIVRE AUX JOURS QUI PASSENT – ANDY WARHOL’S FACTORY PEOPLE – TC9023
  • DE DUCHAMP AU POP ART – DVD – PALETTES – DVD – TC6153

 

Documentaires sur le Pop Art ou des artistes liés à Warhol

  • POP ART & CO – TC6371 (VHS)
  • CHELSEA HOTEL – DVD – Abel Ferrara – TJ1861
  • JEAN-MICHEL BASQUIAT: THE RADIANT CHILD –  THE RADIANT CHILD –  TC0793
  • BASQUIAT, UNE VIE – JEAN-MICHEL BASQUIAT – DVD – TC0791
  • KEITH HARING, LE PETIT PRINCE DE LA RUE – TC3538
  • DAVID LACHAPELLE – DU POP ART À LA PROVOCATION – TD4911
  • RAUSCHENBERG, FRAGMENTS D’UN PORTRAIT – DVD – TD4901
  • JEFF KOONS– DVD – TC4391

 

Films sur les membres du velvet underground

  • NICO ICON – TB6142
  • LOU REED: TRANSFORMER –  TB6981
  • THE VELVET UNDERGROUND – UNDER REVIEW – TB8611

 

Films produits par Warhol

  • CHAIR POUR FRANKENSTEIN – Paul MORRISSEY –VC2936
  • DU SANG POUR DRACULA – Paul MORRISSEY- VD7203
  • FLESH – Paul MORRISSEY –VF4340
  • HEAT – Paul MORRISSEY –VH1118
  • TRASH – Paul MORRISSEY – VT5988

 

Films où Warhol apparait comme personnage

  • BASQUIAT – Julian SCHNABEL –VB0587
  • MEN IN BLACK – 3 – Barry SONNENFELD-VM2706
  • LES DOORS – Oliver STONE –VD4651
  • MACADAM COW-BOY – John SCHLESINGER –VM0061

 

Influences citées sur des cinéastes:

  • LE MÉPRIS – Jean-Luc GODARD – VM3565
  • PARIS, TEXAS – Wim WENDERS – VP0323
  • PEPI, LUCI, BOM ET AUTRES FILLES DU QUARTIER – Pedro ALMODOVAR – VP0569
  • LA LOI DU DÉSIR – Pedro ALMODOVAR – VL0853
  • POLYESTER – John WATERS – VP0449
  • CRY BABY – John WATERS – VC8551
  • I’M NOT THERE – Todd HAYNES – VI0126
  • DANS LA CHAMBRE DE VANDA – Pedro COSTA – VD0434
  • CINDY: THE DOLL IS MINE – Bertrand BONELLO-VC0024

 

Références musicales

 

  • Erik SATIE

VEXATIONS – ES0812

Alan MARKS

 

  • VELVET UNDERGROUND (THE)

THE VELVET UNDERGROUND + NICO (DELUXE EDITION) – XV356G

WHAT GOES ON – XV356A

VELVET UNDERGROUND & NICO (45TH ANNIVERSARY DELUXE EDITION) – XV356I

VELVET UNDERGROUND & NICO (45TH ANNIVERSARY SUPER DELUXE EDI – XV355F

 

  • NICO

CHELSEA GIRL – XN499A

 

  • Gerard MALANGA

UP FROM THE ARCHIVES – POP CULTURE MUSIC & POETRY FROM THE 6 – XM084V

 

  • John GIORNO POETRY/YOU’RE THE GUY I WANT TO SHARE MY MONEY WITH – X 337J

 

  • John CALE

SUN BLINDNESS MUSIC – NEW YORK IN THE 1960S – XC027F

THE ACADEMY IN PERIL – XC026C

INSIDE THE DREAM SYNDICATE, VOLUME 1: – XC027E

(John CALE, TONY CONRAD, ANGUS MACLISE, LA MONTE YOUNG).

 

  • Lou REED

TRANSFORMER – XR320A

SONGS FOR DRELLA / SONGCYCLE FOR ANDY WARHOL – XR321B

(Lou REED AND JOHN CALE)

 

  • David BOWIE

HUNKY DORY – XB740G

  • Dana GILLESPIE

ANDY WARHOL (THE BEST OF THE MAINMAN YEARS) – XG309B

 

  • Bob DYLAN

BLONDE ON BLONDE – XD985C

 

  • Rolling Stones

STICKY FINGERS – XR760N

LOVE YOU LIVE – XR761D

 

  • TRANSVISION VAMP

POP ART – XT748A

 

  • Site médiathèque

Découvrir : le pop’art : textes de Pierre Hemptinne et Marc Roesems

 

  • Le catalogue d’exposition « Warhol live ; la musique et la danse dans l’œuvre d’Andy Warhol ».  Musée des beaux-Arts de Montréal 2008/2009.

 

  • La bande son des screen tests composée par Dean wareham ( Galaxie 500, luna) et Britta Phillips ( luna) à la demande de l’Andy Warhol Muséum…

 

  • La bande son du documentaire : « vies et morts d’Andy Warhol » – TC8871

 

 

 

Les pochettes réalisées pour des musiciens

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Pochettes

Andy Warhol, les pochettes de disques, catalogue, éd. Musée des beaux-arts de Montréal, 242 p. Paul Maréchal.

Les pochettes de jazz réalisées dans les années 50. Les pochettes pour les Rolling Stones ( sticky fingers, love you live, emotional tatoe), pour le velvet underground ( la banane), John Lennon, John cale, Aretha Franklin, Liza Minnelli… les Smiths…

 

Références Bibliographiques

Warhol : Klaus Honnef  / Taschen.

Comprendre Warhol, comprendre l’art contemporain : Thomas Crow / Les presses du réel.

Art Vidéo : Sylvia Martin. / Taschen

Andy Warholl, un cinéaste sans rejeton ? : Nicolas Bauche / revue « positif N° 621 de novembre 2012, Page 108/109.

Dans la chambre de Vanda : Conversation avec Pedro costa / Editions Capricci / 2000.

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