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Carte postale cinéma « Ailleurs en folie : Lille »

janvier 27, 2015 par philippemeunier

Dans le cadre de l’« ailleurs en folie : Lille », organisé à la Maison Folie nous présentons une capsule vidéo d’environ 45 minutes compilant des images de Lille et du Nord-Pas-de-Calais dans le cinéma.

Le montage que nous proposons est constitué d’extraits de films de fiction et de documentaires en lien étroits avec la ville et sa région, souvent réalisés par des cinéastes qui y sont nés. Ces films abordent bien sur des thématiques universelles mais dans un contexte et dans des lieux particuliers. D’abord l’histoire ouvrière et industrielle, ensuite les questions sociales et enfin les spécificités culturelles.

Le cinéma français est souvent le reflet d’une conception centralisatrice de l’état. Paris est majoritairement représentée, viennent ensuite des villes à l’identité forte comme Marseille mais si l’on nous demandait de citer des films situés à Lille et dans sa région, pourrions-nous le faire ?

L’image de Lille dans le cinéma est indissociable de celle de la vaste agglomération qu’elle forme notamment avec les villes de Roubaix et de Tourcoing et aussi plus largement avec la région du Nord-Pas-de-Calais, sa plaine agricole, son ancienne région minière et la côte d’opale.

Les films cités sont disponibles en format DVD dans une mise en évidence à la médiathèque du manège.mons Jusque fin mars 2015.

Chapitre 1 : l’histoire ouvrière et industrielle de Lille et du Nord-Pas-de-Calais

Thématiques : L’histoire ouvrière et industrielle, le travail, les luttes sociales, la crise économique, l’immigration, le libéralisme économique.

Les Lieux : la mine, l’usine, les friches industrielles, la grande distribution, la rue.

Les genres cinématographiques : Le documentaire et la fiction militante, historique, politique, sociale.

Notre parcours commence en forme de clin d’œil et de clap à bord d’une voiture qui fille sur l’autoroute en direction de Lille où trois membres du « groupe Medvedkine » vont projeter un de leur film. Dans le bouillonnement social, politique et culturel de l’après 68, ce collectif formé d’ouvriers et de cinéastes réalisent et produit des films qui rendent compte des luttes sociales filmées de l’intérieur. Dans cette « Lettre à mon ami Pol Cèbe », le ciné-train cher aux réalisateurs soviétiques d’avant-garde se transforme en ciné-voiture et emprunte la forme libre de « l’underground » pour s’opposer à la forme lisse du cinéma commercial.

1) La mine

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L’histoire ouvrière et industrielle de la région commence dès le 18ème siècle avec l’exploitation des premières mines de charbon.  Les adaptations au cinéma du « Germinal » de Zola en sont une des représentations emblématiques. La version de Claude Berry réalisée en 1993 a connu un succès populaire, elle est tournée sur les lieux mêmes (dans la région de Valenciennes), deux ans après la fermeture de la dernière mine du nord.

Tourné à Lens en 1938 avec peu de moyen, « Grisou » de Maurice de Canonge s’inscrit dans la veine réaliste et mélodramatique du « film de mineur » mais il est l’un des rares à évoquer la vieillesse prématurée des mineurs et le travail des femmes. Ce réalisme est pourtant entaché de misogynie et de xénophobie qui illustre bien les ambiguïtés de l’époque.

Le documentaire « Journal d’un mineur » de Jean-Michel Barjol ouvre le journal intime de Joseph Tournel, vieux militant syndicaliste. Filmé également peu de temps avant la fermeture des derniers puits, il se livre à un travail de mémoire déjà réalisé par Jacques Renard entre 1979 et 81 avec « mémoire de la mine ».

En 1977, René Féret, cinéaste né dans la région de Béthune, réalise « La communion solennelle », l’un des films autobiographiques qu’il a consacré à l’histoire de sa famille d’origine ouvrière et paysanne. L’extrait illustre le fort sentiment de fierté lié à la profession de mineur.

Un an plus tard, Maurice Pialat filme à Lens « Passe ton bac d’abord » où l’on découvre sur fond de châssis à molette à l’arrêt, une jeunesse promise aux boulots précaires et au chômage.

2) L’industrie textile

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Contrairement à la région minière qui est située au sud de la métropole lilloise, l’industrie textile s’est développée principalement à Lille même pour le coton ainsi qu’à Roubaix et Tourcoing pour la laine.

« Le corps de mon ennemi » réalisé en 1975 par Henri Verneuil dénonce la collusion mafieuse entre le pouvoir économique et politique pratiqué par les grandes familles des industriels des textiles du Nord.

Dans « La vie rêvée des anges », Éric Zonca montre en 1998, le travail des ouvrières du textile. Des conditions de travail hallucinantes que l’on pouvait déjà découvrir dans le documentaire que Colline Serreau avait consacré au travail des femmes française en 1975, intitulé : « Mais qu’est-ce qu’elles veulent ».

3) La crise économique/ L’immigration

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La crise économique qui frappe la région avec l’effondrement et la délocalisation des industries sidérurgiques et textiles est illustrée ici par deux films datant du début des années 2000. « Cités de la plaine » remonte le fil de la vie d’un émigré Algérien sur fond de zones urbaines filmées comme une vaste friche industrielle. Réalisé avec des acteurs non professionnels dans un parti-pris stylistique proche du documentaire, ce film est l’un des premiers à avoir été produit au Fresnoy, le studio national des arts contemporains ouvert à Tourcoing en 1997.

Tourné lui aussi à Roubaix mais avec des acteurs connus, « Sauve-moi » de Christian Vincent illustre bien la précarité engendrée par la crise économique qui frappe la région. Il montre le travail au noir, les boulots précaires, le développement de la grande distribution comme seul moteur de l’activité économique et l’extrême précarité. L’immigration n’y est pas présentée sous l’angle du racisme et de l’exclusion contrairement à « Désintégration » filmé en 2011 par Philippe Faucon dans une cité de la banlieue de Lille. Celui-ci montre la discrimination au travail dont son victime les jeunes issu de l’immigration et les mécanismes de radicalisation religieuse.

4) Les délocalisations / les luttes sociales

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La série télévisée que Gérard Mordillat réalise en 2010 en adaptant son propre roman « les vivants et les morts » se situe à Raussel , petite ville fictive du Nord Pas-de-Calais mais est tournée principalement sur le site de l’usine désaffectée de « Metaleurop »  à Hénin-Beaumont dont des ouvriers licenciés quelques mois auparavant on put travailler comme techniciens ou figurants sur le tournage. Celle-ci traite justement des réalités économiques et sociales contemporaines liées à l’ultralibéralisme et à la délocalisation des industries de la région. Plus largement elle montre aussi l’évolution et le durcissement des formes de luttes sociales confrontées à une impasse.

Dans « La vie d’adèle » d’Abdelatif Kéchiche, palme d’or à Cannes en 2013, la manifestation étudiante réclamant plus de moyen pour l’enseignement est filmée dans les rues de Lille.

Chapitre 2 : Les questions sociales

Thématiques : L’histoire familiale, l’éclatement de la cellule familiale, précarité, marginalité, la dépression, la maladie mentale, la folie, l’alcoolisme, le suicide, la délinquance, la criminalité.

Les lieux : L’hôpital, l’hôpital psychiatrique, le groupe thérapeutique, le cabinet médical, le bistrot, le lieu du crime, le commissariat de police, le cimetière.

Les genres cinématographiques : Le drame psychologique, le film policier, l’autobiographie.

ContePlusieurs réalisateurs nés dans la région du nord ou à Lille même y situe un ou plusieurs de leurs films en abordant le thème des pathologies liées aux rapports familiaux. L’alcoolisme, la dépression, le suicide, la folie sont traités dans des fictions assez largement autobiographiques.  C’est le cas de Xavier Beauvois (Nord), d’Arnaud Desplechin (La vie des morts, Un conte de noël) ou de René Féret ( La place d’un autre, l’histoire de Paul). Bruno Dumont, réalise lui, une trilogie (La vie de Jésus, L’humanitéFlandres) située dans sa région d’origine (Bailleul) mais hors de ce contexte autobiographique. Il est par contre le seul à utiliser des acteurs exclusivement non professionnel amenés à restituer leurs propres failles existentielles.Humanité

Curieusement la situation perturbante de « l’enfant de substitution » apparait de manière centrale et autobiographique chez René Féret comme chez Arnaud Desplechin.

L’hôpital, l’hôpital psychiatrique, le cabinet médical, le commissariat de police, le cimetière ou les bistrots sordides sont des lieux où errent des personnages qui n’ont plus prise sur leur propre existence. A plusieurs reprises, la ville apparait en plan large, comme une zone urbaine indéterminée, sinistre et sombre.

En lien avec les pathologies mentales, l’affaire criminelle et l’enquête policière sont au cœur de plusieurs films. « Monsieur Joseph » est une adaptation de Simenon filmée à Croix dans la banlieue Lilloise. Dans « Le corps de mon ennemi », le meurtre est au cœur d’une manipulation politique et de pratiques mafieuses. « Entre ses mains » est un thriller psychologique qui repose précisément sur les failles mentales de personnalités perturbées.

Bruno Dumont traite le crime comme une fatalité incontrôlable dans « La vie de Jésus » et dans « L’humanité » dont le meurtre pourrait évoquer un fait divers tragique qui a traumatisé la région dans les années septante (le crime et le procès de Bruay-en-Artois).

L’aspect sordide du crime et l’incommunicabilité qui renvoie au tragique et au dépressif y est compensé par une légère dimension burlesque qui préfigure le ton de la remarquable série « Ptit Quinquin » réalisé par Bruno Dumont en 2014.

Chapitre 3 : La Spécificité culturelle

Thématiques : La tradition familiale, la tradition festive, le folklore, la culture, la musique, le théâtre, les arts plastiques.

Les lieux : Le bistrot, le club, la foire, la ducasse, le chapiteau, la salle de concert, le théâtre, le musée, la galerie d’art.

Le genre cinématographique : Le burlesque, la comédie, la parodie sociale, le drame psychologique.

pratoLe burlesque, la comédie ou la parodie sociale sont aussi des genres utilisés pour représenter une image décalée ou faire l’inventaire des clichés liés à la culture « ch’tis ». On pense immanquablement au film de Dany Boon tourné à Bergues près de Dunkerque mais c’est « la vie est un long fleuve tranquille » filmé vingt ans plus tôt par Etienne Chatiliez  à Roubaix sa ville d’origine qui reste la référence dans ce domaine. En 2013, « Les reines du ring » est aussi tourné à Roubaix et notamment à l’Intermarché de la Mackellerie ainsi qu’au « Zénith » de Lille. Dans « quand la mer monte », Yolande Moreau joue son spectacle «  salle affaire » au théâtre « le Prato » à Lille et elle défile à Bailleul avec les géants du nord. La tradition folklorique des géants rejoint celle des cabarets et des bistrots comme lieux de socialisation et d’expression (chansons, danses). La musique est aussi hors du contexte festif, un moyen d’exorcisme et l’expression d’une souffrance avec ici l’interprétation d’ « un survivant de Varsovie » d’Arnold Schoenberg dans « La place d’un autre » ou du poème de Villon dans « un singe sur le dos ».

On retrouve souvent des reconstitutions des traditions populaires comme les ducasses et les foires (Grisou, Germinal, Entre ses mains…). Les traditions familiales sont également très présentes (L’enfance nue, baptême, la communion solennelle, Un conte de noël…). Enfin des lieux comme les théâtres ou les musées apparaissent très souvent (L’enfant du pays, la place d’un autre, Un conte de noël, l’humanité, c’est la tangente que je préfère,  la vie d’adèle…) signe de l’intérêt pour l’expression artistique. Comme en témoigne l’importance des infrastructures culturelles misent en place depuis 2004 quand Lille fut capitale européenne de la culture (Le tri postal, les maisons folie, la piscine, le Fresnoy, le laM…).

Sélection des films tournés en grande partie dans l’agglomération Lilloise

Le corps de mon ennemi d’Henri Verneuil. 1975.

La vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Chatiliez. 1987.

La vie des morts d’Arnaud Desplechin. 1990.

La place d’un autre de René Feret. 1993.

La vie rêvée des anges d’Éric Zonca. 1997

C’est la tangente que je préfère de Charlotte Silvera. 1997.

L’humanité de Bruno Dumont. 1999.

Sauve-moi de Christian Vincent. 2000.

Cités de la plaine de Robert Kramer. 2001.

Quand la mer monte de Yolande Moreau et Gilles Porte. 2004.

Entre ses mains d’Anne Fontaine. 2005.

Monsieur Joseph d’Olivier Langlois. 2007.

9MM de Taylan Barman. 2007.

Un conte de noël d’Arnaud Desplechin. 2008.

Un singe sur le dos de Jacques Maillot. 2009.

La désintégration de Philippe Faucon. 2011.

Les reines du ring de Jean-Marc Rudnicki. 2013

La vie d’Adèle d’Abdelatif Kéchiche. 2013.

Sélection de films tournés dans la région du Nord-Pas de Calais

Grisou de Maurice de Canonges. 1933.

L’enfance nue de Maurice Pialat. 1968.

L’histoire de Paul de René Féret. 1975.

La communion solennelle de René Féret. 1976.

Passe ton bac d’abord de Maurice Pialat. 1978.

Baptême de René Féret. 1988.

Nord de Xavier Beauvois. 1991.

Germinal de Claude Berri. 1993.

La vie de Jésus de Bruno Dumont. 1997.

L’enfant du pays de René Féret. 2003.

Flandres de Bruno Dumont. 2006.

Les vivants et les morts (série en 8 épisodes) de Gérard Mordillat. 2010.

Les films cités sont ceux dont nous pouvons vous proposer une édition en DVD.

Sans être totalement exhaustif, il faut également citer d’autres films importants:

Le point du jour de Louis Daquin. 1949.

Le journal d’un curé de campagne de Robert Bresson. 1950.

Rayés des vivants de Maurice Cloche. 1952.

Ma blonde, entends-tu dans la ville de René Gilson. 1979.

La femme flic d’Yves Boisset. 1979.

Xueiv de Patrick Brunie. 1982.

Pierre et Djamila de Gérard Blain. 1986

Peaux de vaches de Patricia Mazuy. 1988.

Faut-il aimer Mathilde d’Edwin Baily. 1993.

A lire

Le nord et le cinéma : ouvrage collectif coordonné par l’association Jean Mitry.

Edition : le temps des cerises. 1998.

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