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Carte postale cinéma « Ailleurs en Folie: Melbourne »

juin 1, 2015 par philippemeunier

Melbourne dans le cinéma Australien

Le cinéma australien reflète la violence de l’histoire coloniale du pays qui est aussi un continent.  L’Australie fut au départ pour l’Angleterre une colonie pénitentiaire. De nombreux criminels originaires d’Ecosse, d’Angleterre ou d’Irlande y ont été exilés.

MelbourneComme pour les Etats-Unis d’Amérique, il y a aussi une histoire fondée sur la conquête de vastes territoires et la confrontation à une nature souvent hostile. Pas étonnant que le premier film Australien «  the story of the kelly gang » (1906) soit la biographie du célèbre Hors-la-loi Ned Kelly.

Van Diemen’s land (2009) montre l’évasion en 1822 de huit prisonniers d’un pénitencier en Tasmanie. « Ned kelly » (2003) de greggor Jordan, « The proposition » (2005) de John Hillcoat  ou « Australia » (2008) de Baz Luhrmann bien que de style radicalement différents sont bien des westerns australien dont l’action se situe entre la fin du 19éme et le début du 20éme siècle. Melbourne1Parfois le western vire à la dystopie post-apocalyptique comme la série des « Mad max » (1979 à 2015) ou « The Rover » de David Michôd (2014). Dans des films plus urbains se sont des personnages psychologiquement perturbés, des rapports familiaux pervertis, voire des « sérials killer » qui sont au centre de la fiction : Bad boy bubby (1993), Chopper (2000), Wolf creek (2005), Alexandra’s project (2003) ou encore « Animal Kingdom (2010) et « Les crimes de snowtown » (2011).Melbourne2

Cette tendance à la violence ne résume évidemment pas le cinéma Australien mais il en est un élément constitutif important comme le confirme quelques films tournés à Melbourne ou dans sa banlieue. « Romper stomper » réalisé par Geoffrey Wright en 1992 met en scène un gang de skinheads néo-nazis qui se confronte violemment aux jeunes issus de l’immigration vietnamienne. Ce film qui a révélé l’acteur Russell Crowe montre l’importance de la communauté asiatique dans la ville et les « laneways », quartier des ruelles de Melbourne.

Melbourne3

Avec « Animal kingdom », David Michôd s’inspire de l’histoire d’une famille criminelle de Melbourne dans les années 80. Comme « Les crimes de snowtown » réalisé en 2011 par Justin Kurzel ou «Chopper»(2000) d’Andrew Dominik qui s’inspirent également de faits authentiques perpétrés par des sérials killers dans la banlieue de Melbourne.

C’est aussi dans la banlieue de la deuxième ville d’Australie que se situe « The slap » (la gifle) adaptée du roman de Christos Tsiolkas écrivain australien d’origine grecque né à Melbourne. Melbourne4Réalisée en 2011 et diffusée sur « Arte » en 2013, cette mini-série développe une observation originale des rapports de relation familiales ou amicales en partant du point de vue des différents protagonistes. Dans ces milieux relativement aisés, les problèmes se révèlent plus au niveau éthique, philosophique et psychologique tandis que la différence culturelle, religieuse, sexuelle ou raciale ne semble pas être à l’origine des tensions.

« Amy » réalisé en 1997 par Nadia Tass est un film qui s’adresse au jeune public montrant une vision un peu édulcorée des quartiers populaires de Melbourne à la manière de Barz Lurhmann avec « Ballroom dancing » mais qui révèle aussi une la dimension culturelle de la ville portée par une scène musicale propre.

Les aborigènes australiens au cinéma

Un cinéma « aborigène » ? 

Les images documentaires filmées par Geoffrey Bardon à Papunya en 1971 (reprise dans « Peinture Pintupi d’Australie » de François Levy-kuentz) montrent comment les aborigènes du désert de l’ouest ont commencé à peindre sur des supports (toiles, écorces) ce qu’ils dessinaient sur des supports éphémères (sable, peinture corporelle). C’est à partir de ce moment qu’ils ont pu se faire reconnaitre comme artistes contemporains et plus seulement comme reproducteur d’une culture ancestrale. C’est ce nouvel intérêt pour les œuvres des artistes aborigènes dont témoignent en France quelques grandes expositions comme «  aux sources de la peinture aborigène (musée du Quai Branly-paris 2012-13) et surtout «  Mémoires vives, une histoire de l’art aborigène » une exposition réalisée par le musée d’aquitaine à Bordeaux en 2013-2014. Longtemps l’art des premiers australiens a été perçu comme un modèle d’art primitif, le catalogue de l’exposition démontre la grande modernité de ces œuvres et questionne de nouveau l’établissement des catégories entre le traditionnel et le contemporain.

A cet égard, le cinéma est révélateur d’une prise de conscience et plusieurs cinéastes australiens de renom ont consacré plusieurs de leurs films soit pour dénoncer les injustices faites aux aborigènes, soit pour faire mieux connaitre leur culture et leur point de vue.

Peter Weir, Philippe Noyce, Fred Schepisi et surtout Rolf De Heer qui a établi une forme de collaboration artistique avec ses acteurs aborigènes qui apportent entre autre la matière scénaristique du film (voir l’interview du réalisateur en bonus du film Charlie’s country).

Peut-on dire aussi que plus récemment « les aborigènes se font enfin une place dans le cinéma australien »? L’article récent de d’albertine Bourget et Heidi Gmür signale l’émergence d’une « nouvelle vague aborigène », citant « mystery road » long métrage du réalisateur métis Ivan Sen sorti en 2013 et bien sûr « The saphires »  du réalisateur et acteur aborigène Wayne Blair sorti lui en 2012. Melbourne5Selon « screen australia » le nombre de long métrages écrits et réalisés par des auteurs aborigènes a sensiblement augmenté depuis 2009 (12 entre 2009 et 2013 soit en 4 ans alors que seulement une dizaine avaient été produit sur presque 40 ans entre 1970 et 2008).  Le phénomène gagne aussi la télévision puisque en 2012, le département indigène de la chaine ABC a lancé avec succès la série « Redfern now » qui montre la vie de familles aborigènes dans un quartier de Sidney. En fait cette série a été produite par « blackfella films », une société de production fondée en 1992 par Rachel Perkins fille du célèbre activiste aborigène Charles Perkins. Réalisatrice des films : « radiance »( 1998), « one night the moon » (2001) et « bran nue dae » (2010), elle est également auteur d’une série documentaire historique «  first australians » diffusée en 2008.

Signalons aussi l’édition par la médiathèque des trois mondes d’une collection de 16 courts métrages réalisés entre 1995 et 1999 par différents et différentes cinéastes aborigènes dont  Rima Tamou, Darlene Johnson, Sally Riley et Ivan Sen sans doute le réalisateur aborigène le plus remarqué dans les festivals notamment pour « Beneath cloud »(2002), « dreamland »(2010), « Tomelah »(2011) et maintenant « mystery road »(2013).

Les aborigènes dans le cinéma

« Jedda » réalisé par  Charles Chauvel en 1955 est le premier film dont les rôles principaux sont tenus par des acteurs aborigènes. En 1970, Nicolas Roeg réalise « Walkabout » film inspiré d’un roman datant de 1959 mais dont le scénario est écrit par le dramaturge Edward Bond qui interroge la différence entre deux mondes, les lieux urbanisés où vit l’homme blanc et le territoire désertique des aborigènes. Une adolescente blanche et son jeune frère abandonné dans le désert rencontre un jeune aborigène qui est en plein parcours initiatique. Melbourne6Le titre « walkabout » renvoie lui-même à une différence de sens et de point de vue  car en « pidgin Australien » le terme désigne le rite de passage des aborigènes alors que dans le monde anglophone, il décrit le comportement d’une personne qui voyage. Sélectionné au festival de cannes en 1971, le film qui est une réussite tant sur le plan du contenu que de la forme, fait actuellement  un retour sur les écrans en version numérique restaurée. C’est aussi la première apparition à l’écran de David Gulpilil, l’acteur aborigène le plus important de sa génération. Il apparait aussi en 1976 dans « Storm boy » d’Henri Safran adaptation d’un livre pour enfant.

En 1977, Peter Weir réalise « La dernière vague » qui comme l’écrit Olivier Père « poursuit dans la société moderne la dénonciation de cet  oubli  volontaire dans lequel les Aborigènes et leurs croyances furent plongés par les colons ».

La même année Philip Noyce (futur réalisateur de Rabbit proof fence) consacre son premier film « Backroads » à la relation improbable entre un aborigène et un fermier raciste. En 1978, Fred Schepisi  réalisateur originaire de Melbourne adapte un roman de Thomas Keneally : « le chant de Jimmie Blacksmith » ; L’histoire qui se situe à la fin du 19ème siècle est basée sur des faits réels. C’est un film clé car il s’écarte de la vision romantique du « noble sauvage » et attaque le mythe selon lequel il n’y aurait pas eu de résistance des aborigènes face à la colonisation blanche mais il crée une controverse sur la légitimité pour des blancs (écrivain et réalisateur) d’adopter le point de vue des aborigènes. Il entre aussi dans la catégorie du western et dans la tendance violente du cinéma australien dont il est financièrement l’une des premières grosses productions.

« Manganinnie » réalisé par John Honey en 1980 est situé en Tasmanie durant la « guerre noire » de 1830. Il montre la destruction du mode de vie tribal par les colons britanniques.

Les films les plus notables des années 80 sont des documentaires : « wrong side of the road » (1981) de Ned Lander, premier film sur la musique des aborigènes montre les discriminations dont souffrent ceux qui se sont installés dans les villes.  «  where the green ants dream » que Werner Herzog réalise en 1984 relate le déroulement du procès mené par des aborigènes pour sauver leur terre de l’exploitation d’une compagnie minière. Il montre le décalage entre la logique économique anglo-saxonne et celle des aborigènes basée sur leur perception de l’environnement. C’est cette incompatibilité que décrivent deux autres documentaires : « Blackfellas (1993) de James Ricketson et « beyond the dreamtime » (1994) de John Lind.

Citons encore pour les années 90, « The fringe dwellers » (1986) de Bruce Beresford, « deadly » (1992) de David Noakes, “the naked country” (1993) de Tim Burstall, “ the life of Harry Dare” (1995) de Aleski Vellis, “dead heart” (1997) de Nick Parsons et “ radiance”(1998) de Rachel Perkins.

Début 2000, « yolngu boy »(2001) de stephen Johnson montre le parcours de trois adolescents aborigènes tiraillés entre le monde moderne (football, rap) et leur culture originelle. « Sérénades » (2001) de Mojgan Khadem et « beneath clouds »(2002) d’Ivan Sen traite de la double identité. « Australian rules » (2002) de Paul Goldman est un film adapté des romans de Philip Gwynne écrivain originaire de Melbourne qui parle des relations entre communautés. « Black and white » (2002) de craig Lahiff qui raconte le procès d’un jeune aborigène accusé de meurtre est basé sur des faits réels.

La même année, « Rabbit-proof Fence » (le chemin de la liberté) de Phillip Noyce rencontre un succès international. C’est aussi l’adaptation d’un livre autobiographique qui dénonce la politique éducative menée avant la seconde guerre mondiale sur les jeunes métisses enlevées de force à leur famille. On y retrouve l’acteur David Gulpilil dans le rôle d’un « tracker » (guide au service des colons). C’est ce rôle qu’il tient également dans le film « the tracker » réalisé la même année par Rolf De Heer dont c’est la première rencontre avec l’acteur. Un rôle qu’il reprendra de nouveau en 2005 dans « the proposition » de John Hillcoat.

Melbourne7En 2006, Rolf De Heer réalise «  Ten canoes » ( 10 canoës, 150 lances et 3 épouses) qu’il écrit en collaboration avec l’acteur et auteur aborigène Peter Djigirr, la voix off étant assurée par David Gulpilil. Il s’agit du film qui restitue le mieux et le plus complètement les concepts de la mythologie, de la pensée et de la culture des aborigènes australiens de la terre d’Arnhem.

Melbourne8Le réalisateur retrouvera son acteur fétiche en 2013 pour « Charlie’s country » où il interprète un rôle proche de sa propre vie. Un film littéralement habité par son interprète qui recevra à Cannes en 2014, le prix du meilleur acteur de la sélection « un certain regard ».

Une section qui avait couronné en 2009 de la « caméra d’or », le premier film de Warwick Thornton « Samson et Delilah », également un manifeste sans concession sur certains aspects des conditions de vie actuelle des aborigènes australiens.

A consulter :

 http://www.atmospheres53.org/docs/aborigenes.pdf

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/expositions-passees/aux-sources-de-la-peinture-aborigene.html

http://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/fr/evenement/exposition-memoires-vives-une-histoire-de-lart-aborigene

P.M.

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