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Classique sur grand écran au Plaza-art : « Le jour se lève » de Marcel Carné

février 3, 2016 par mediamons

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Dans le cadre de son cycle «  classiques sur grand écran », le Plaza-art projettera, dimanche 7 février à 16h30 un film que Henri Langlois, fondateur de la cinémathèque française, a qualifié de « film moralement supérieur ». L’effet péremptoire de cette affirmation prête à  sourire ainsi que le décalage avec l’expression dramatique propre à l’époque qui peut nous paraître emphatique aujourd’hui. Mais en fait comme tout grand classique du cinéma, le film de Marcel Carné est aussi un témoignage émouvant sur les rapports humains et les conditions de vie de son temps, la France du front populaire et de l’immédiate avant-guerre autant qu’un condensé d’originalité esthétique.

2Sorti en 1939, « Le jour se lève » est la troisième collaboration entre le cinéaste Marcel Carné et le poète Jacques Prévert après « Drôle de drame » et « Quai des brumes ». Ils tourneront encore ensemble « Les visiteurs du soir », « Les enfants du paradis » et « Les portes de la nuit ». Prévert en signe les dialogues mythiques et une grande partie des scénario. Cette période est artistiquement et commercialement la plus féconde du cinéaste. Georges Sadoul a parlé « de réalisme poétique » pour définir cette collaboration qui doit aussi beaucoup aux décors d’Alexandre Trauner et aux partitions musicales de Maurice Jaubert puis de Joseph Kosma et bien sûr à l’aura d’actrice et d’acteurs tels qu’Arletty, Louis Jouvet, Jean Gabin, Michel Simon, Jean-Louis Barrault, Jules Berry et Alain Cuny.

« Le réalisme poétique » est en fait le courant majeur de la production cinématographique française des débuts du parlant jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Outre Marcel Carné, on peut citer des cinéastes tes que René Clair, Jean Vigo, Julien Duvivier, Marc Allégret, Jean Grémillon ou Jean Renoir ainsi que des films aussi emblématique que «  l’Atalante », « Pépé le Moko », « La grande illusion » ou « La bête humaine »…

Le Jour Se Leve (Daybreak) with Jean Gabin

Ce courant a été influencé par la littérature « naturaliste » pour le fond (personnages issus de milieu populaires, poids du destin et fatalisme) et par l’expressionnisme allemand pour la forme et l’esthétique (décor urbain, travail sur la lumière).

Mais ce qui distingue particulièrement ce courant du cinéma Français est sans aucun doute l’importance des dialogues et donc l’influence des écrivains-dialoguiste comme Jacques Prévert, Henri Jeanson ou Marcel Pagnol. Nous avons tous en tête quelqu’une de ces répliques célèbres qui de « t’as d’beaux yeux t’sais » en passant par « est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » ont durablement marqué notre imaginaire cinématographique.

4« Le jour se lève » est représentatif de toutes ces caractéristiques du « réalisme social » et il se situe à l’âge d’or du « cinéma de studio » où le décor entièrement reconstitué a aussi une importance esthétique évidente. Pour ce film, Alexandre Trauner réussit à obtenir de la production, la construction d’un faux immeuble de cinq étages qui renforce l’isolement du personnage et la force dramatique de certaines scènes.

Le film présente aussi deux autres audaces formelles qui le distinguent de la production de la fin des années trente. La première à justement un rapport avec le décor puisque le cinéaste pour souligner le sentiment d’enfermement  a choisi de filmer la chambre, lieu central de ce huis-clos, en montrant les quatre murs. Ce qui était très rare à une époque où l’on sacrifiait l’un des côtés de la pièce pour y installer la caméra.

La seconde concerne la structure narrative du film. L’usage du « flash-back qui a jusqu’alors été peu utilisé au cinéma est ici essentiel. Pour Yannick Mouren, « le jour se lève  marque une date dans l’histoire du récit filmique ». La construction du film qui introduit chaque retour dans le passé par un fondu enchaîné est jugée trop original par les producteurs qui imposeront qu’une surimpression sonore intervienne pour signaler le changement temporel et qui feront précéder le générique d’un texte explicatif. Malgré cela, il semble que le public ait été désorienté par cette figure narrative d’autant plus troublante qu’elle exprime pour la première fois la conscience intérieure du personnage principal. Deux ans plus tard Orson Welles popularisera définitivement l’usage de ce procédé dans « Citizen Kane » et après la guerre il deviendra la figure narrative de prédilection du film noir américain.

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Enfin le remarquable travail sur la lumière du directeur de la photo Curt Courant gagne aussi à être apprécié sur grand écran.

Une mise en évidence des films de Marcel Carné ainsi que de quelques films emblématiques du « réalisme poétique » seront disponible durant le mois de février à la médiathèque de même qu’un portrait documentaire du cinéaste «  Marcel Carné, la caméra vivante réalisé en 2006 par Eddy Vicken.

Pour une analyse plus détaillée sur le film « Le jour se lève » lire l’article que lui est consacré sur le site DVDclassik, ainsi que sur le site Critikat.

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