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Une exposition de pochettes de vinyles en lien avec les luttes des afro-américains durant les 60s et les 70s

mars 2, 2016 par mediamons

Les performances visuelles et musicales du rappeur Kendrick Lamar lors de la cérémonie des grammy awards et de Beyonce durant le show précédent le « super bowl » ont réactualisés la visibilité de l’engagement politique des artistes afro-américains. Pour rendre hommage aux victimes des violences policières récentes, ceux-ci ont fait appel à des symboles inscrits dans l’histoire de la lutte des afro-américains pour l’égalité et le respect de leurs droits. Le show de kendrick Lamar a fait allusion aux conditions de détention dans les pénitenciers et par-delà à l’esclavage quant à celui de Beyonce, il évoquait notamment le combat des « black panthers ». Des références qui renvoient aux années 60 et aux luttes pour le respect des droits civiques. Une période où la conscience politique des musiciens afro-américains a commencé à s’exprimer de manière radicale alors qu’ils ne bénéficiaient pas de l’exposition médiatique ni de la puissance économique des deux stars citées.

C’est à la fin des années 50 et au début des années 60 que l’industrie discographique se développe et si le début de l’illustration des pochettes de disques date de 1939, l’impact du visuel devient alors très important. Les pochettes des 33 tours ont donc pu refléter en lien ou au-delà des contenus musicaux l’expression d’une revendication politique. Ce fut le cas particulièrement pour les musiciens afro-américain durant les décennies 60 et 70 dans le blues, le jazz, la soul, le funk et le hip hop.

max roachLa pochette sans doute la plus emblématique est celle de l’album « we insist !,freedom now suite » enregistré par le batteur Max Roach en compagnie de la chanteuse Abbey Lincoln mais aussi du saxophoniste Coleman Hawkins figure tutélaire du saxophone ténor. L’œuvre présente un certain nombre de traits commun avec le mouvement du free jazz naissant notamment au niveau des recherches vocales. Les textes et l’intitulé des plages ne laissent aucun doute sur les intentions politiques (freedom day, prayer/Protest/peace, tears for Johannesburg). La photo illustrant la pochette fait référence aux sit-in organisés par des étudiants noirs en février 1960 en Caroline du nord. L’enregistrement réalisé la même année est édité par « Candid records » qui est alors l’un des premiers labels indépendants de jazz, son directeur artistique Nat Hentoff travaille avec le designer et photographe Frank Gauna qui créera quelques couvertures mémorables d’album. Lui-même militant des droits civils, Nat Hentoff produira les premiers enregistrements « free jazz » de Cecil Taylor et de Steve Lacy. En octobre 1960 il enregistre un album de Charlie Mingus dans lequel figure le morceau « original Faubus fables » dans lequel le musicien dénonçait le gouverneur de l’Arkansas qui s’était opposé à l’intégration scolaire de neuf adolescents afro-américains. Tout comme celui de Max Roach, cet enregistrement intègre dans sa forme mélodique et rythmique, un climat de tension (cris vocaux et instrumentaux) qui annonce clairement le « free jazz ».

art blakeyBien sur Roach et Mingus ne sont pas les premiers musiciens afro-américains à exprimer leurs opinions sur les discriminations que subit leur communauté. Cette revendication politique est déjà présente notamment chez Billie Holiday qui interprète en 1939 « Strange fruit » chanson dénonçant les lynchages des noirs par le Klu-klux-klan ou chez Duke Ellington qui compose en 1943, la suite orchestrale «  Black, Brown and beige » décrivant l’évolution des afro-américains de l’époque esclavagiste des « work-songs » à l’intégration toujours attendue. Elle est  aussi perceptible dans les titres, l’attitude et les choix de composition des musiciens bebop Dizzy Gillespie, Charlie Parker ou dans le hard bop d’Art Blakey qui affirme dans sa musique  un retour à la source africaine et qui enregistrera en 1961 pour le label « blue note » un solo de batterie d’une longueur inédite pour exprimer son sentiment de révolte. Le morceau intitulé « Freedom rider » faisait allusion à l’appellation donnée aux activistes du mouvement des droits civiques qui traversaient les états du sud en bus.

ornette coleman21958, le label californien « contempory » édite «  something else » premier enregistrement comme leader du saxophoniste Ornette Coleman et « Looking ahead » du pianiste Cecil Taylor qui commencent à jeter les bases du « free-jazz ». Pour Coleman, suivront « tomorrow is the question » puis sur le label  Atlantic, « the art of the improvisers », « the Shape of jazz come », « change of the century » et « this is our music » pour déboucher en 1960 sur l’enregistrement de « free jazz » une improvisation collective en double quartet  d’une durée de 36 minutes qui s’affranchi totalement des règles stylistiques du jazz classique. L’œuvre va constituer un manifeste pour une génération de jeunes musiciens pas seulement sur le plan de l’évolution musicale mais parce qu’elle se rattache aussi à un  champ culturel et idéologique. ornette colemanComme l’ont analysé alors Philippe Carles et Jean-Louis Comolli en 1971 dans leur livre « free jazz/black power » : « Non seulement la nouvelle musique se produisait et se jouait selon d’autres normes esthétiques et d’autres codes culturels que les nôtres, non seulement elle transgressait la plupart des règles alors tenues pour spécifiques du jazz mais elle prétendait porter témoignage sur l’oppression des Noirs américains, exprimer leurs révoltes, et même jouer un rôle dans leur lutte révolutionnaire. Bref, elle mêlait l’immiscible : musique et politique ».

Cette analyse se place dans la continuation du livre du poète et dramaturge afro-américain LeRoi Jones (futur Amiri Baraka) édité en 1963 : « Blues people » dont le but est de rendre au peuple noir sa musique « livrée aux influences musicales, aux intérêts commerciaux, au pillage culturel, aux valeurs esthétiques de l’Amérique blanche… ».

De fait d’une part les musiciens afro-américains pratiquant le free jazz ou le jazz expérimental vont se regrouper dans une sorte de coopérative l’AACM ( association for advancement  of créative musicains) créée en 1965 par le pianiste Muhal Richard Abrams pour défendre leurs intérêts mais aussi pour produire une «  Great black music » et d’autre part une partie d’entre-deux vont fonder leurs propres labels et se produire en dehors des circuits traditionnels contrôlés par l’industrie discographique.

L’engagement politique sera aussi perceptible dans la revendication artistique contenue dans le nom des groupes comme l’art ensemble of Chicago, le Black artist group ou le New York art quartet, le titre des albums (‘s time now, freedom suite, time as come, speak, brother,speak, the avant-garde…) ou des plages qui font référence à des personnalités comme martin luther king, malcom x ou à des textes fondateurs de l’engagement politique et artistique noir au Etats-Unis ( Richard Wright, langston Hughes, James Baldwin, w.e.b Du Bois…). L’iconographie et les photographies expriment clairement une fierté plus intellectualisée et qui fait référence à la musique contemporaine « classique occidentale » ou à l’art abstrait.

Sonny

The New York Art quartet

The Art ensemble Chicago

Lester Bowie

free jazz - ornette coleman

free jazz

Archie Shepp

La référence à la culture africaine vient aussi appuyer la promotion d’une « Great black music ».

Art Ensemble of Chicago

Julius Hemphill

Milford Graves

A la suite des assassinats de Malcom x en 1965 et de Martin Luther King en 1968  l’expression politique se radicalise et n’est plus l’apanage du free jazz mais gagne toutes les évolutions de la musique noire comme la soul, le funk et le hip hop naissant.

James Brown

Elaine Brown

Black

The last poets

Gil Scott-Heron

Au cours de ces décennies, il ne faut pas négliger l’influence politique des bluesmen héritiers des chants et musiques des esclaves dont le répertoire et les compositions  sont restés liés aux conditions économiques et aux discriminations subies par la population noires. L’enregistrement des chants de travail dans les pénitenciers du sud des États-Unis en constitue une mémoire qui n’a pas cessé d’être une source d’inspiration.

Prison Songs

Negro songs of protest.jpg

Louisiana Red

Forcement limitative, l’exposition d’une trentaine de pochettes est accompagnée d’une sélection de titres édités en compact dans laquelle on trouvera aussi des compilations récentes bien documentées.

stand up

Freedom

Listen Whitey.jpg

Can you dig it

Black & Proud

Ainsi que d’une sélection de films avec notamment:

Black Panther

Fred Hampton

Prelude to Revolution

Free Angela

Sweet sweetback's baad asssss song

KILLER OF SHEEP (1977)

 

My brother's wedding

Sidewalk

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A lire

Free Jazz Black Power

« Free Jazz Black power » de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli – Editions Galilée, réedition poche Folio

 

Le peuple du blues

Le peuple du blues de Leroi Jones – Editions Folio

 

Great black music

« Great black music » de Philippe Robert – Editions le mot et le reste

 

Catalogue expo Great black music
Catalogue Great black music

Catalogue de l’exposition «  Great black music » les musiques noires dans le monde

Cité de la musique Paris.

Edition acte sud.

Jazz magazine mai 2013

Jazz magazine mai 2013

 

NOIRE

La revue volume : Colloque «  Peut-on parler des musiques noires ? »

Expo à voir dans l’espace médiathèque jusqu’au 2 avril 2016.

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