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La nuit du chasseur et le southern gothic

juin 9, 2016 par mediamons

Présenté en version restaurée dans le cadre des « classiques sur grand écran » par le Plaza-art, ce dimanche 12 juin, « la nuit du chasseur » est un grand film « maudit » qui fut un échec commercial et critique à sa sortie en 1955 mais qui devint avec le temps un film culte analysé sur toutes ses coutures.

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Unique réalisation de l’acteur Charles Laughton, le film est l’adaptation d’un roman de David Grubb qui s’inscrivait au cœur de la crise économique des années 30 aux États-Unis.

night_of_the_hunterL’incompréhension qu’il a rencontrée à sa sortie  est explicable car il ne répond pas aux canons du film hollywoodien. La structure symbolique du récit, l’abstraction des décors, le style visuel et la photographie du chef opérateur Stanley Cortez (la splendeur des Amberson, Shock corridor) situe le film au carrefour de l’expressionisme, du film noir et même au limite de l’expérimental. Acteur de théâtre, Laughton avait collaboré avec Berthold Brecht avant que celui-ci ne soit chassé des USA par le « maccarthysme ». Il donne donc au personnage du prêcheur, une  dimension brechtienne car il contamine le monde autour de lui et ne peut susciter aucune identification. Le film contient donc implicitement une dimension politique en dénonçant les fausses valeurs incarnées par le prêcheur (puritanisme religieux, fascisme latent) et clairement le « maccarthysme ». « La nuit du chasseur » est aussi riche d’interprétations et d’hypothèses freudiennes qui sont entre autre analysées sur différents sites :

http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/la-nuit-du-chasseur.html

http://www.dvdclassik.com/critique/la-nuit-du-chasseur-laughton

http://www.film-et-culture.org/fiches/nuit-du-chasseur.pdf

http://lewebpedagogique.com/educationimage42/files/2010/09/NuitduChasseur.pdf

http://www.cineclubdecaen.com/realisat/laughton/nuitduchasseur.htm

La personnalité de Charles Laughton donne aussi quelques pistes de compréhension. En 1955, il a derrière lui une carrière d’acteur importante au cinéma (une cinquantaine de films avec de grand cinéastes comme De Mille, Preminger, Mc Carey, Hitchcock, Renoir, Wilder…)  mais vu son physique ingrat, il est spécialisé dans des rôles de personnages monstrueux. Parallèlement il a une carrière théâtrale plus valorisante qui lui a permis de  travailler selon ses choix et ses méthodes de travail (Brecht) et l’a amené à donner ses propres cours.

Dans « la nuit du chasseur », il dirige donc de manière extrêmement personnelle et précise, discutant avec chacun  et faisant de nombreuses prises avec les acteurs sans jamais couper pour ne pas casser leur concentration. Il cadre de manière théâtrale le corps des acteurs et surtout celui de Robert Mitchum qui exagère souvent la posture autoritaire du prêcheur.

On a souvent dit que ce rôle était le meilleur de l’acteur mais il faut aussi souligner l’interprétation de Lilian Gish dans celui de la vieille dame qui recueille les enfants, une actrice mythique des débuts du cinéma et des films de D.W Griffith. La direction des enfants est aussi remarquable car comme le souligne Serge Daney, il les dirigeait non comme des petits singes mais comme de vraies personnes. Par ailleurs, le film adopte principalement le point de vue du jeune garçon.  On peut voir dans le fait que Laughton avait beaucoup regretté de ne pouvoir avoir d’enfants son intérêt pour ceux-ci. La morale principale du film touchant par ailleurs à  la capacité de résilience des enfants qui doivent être très fort pour pouvoir résister à la cruauté du monde.

L’édition par « Wild side »  du film en Blu-ray et DVD accompagné d’un essai de Philippe Garnier, « la main du saigneur » est surtout rehaussée par un documentaire de Bob Gitt et Nancy Mysel «  Charles Laughton au travail » sur le tournage du film qui bien plus qu’un simple making-off est  un document d’analyse sur le travail d’une équipe de tournage dont il existe peu d’équivalent. En effet il est basé sur les chutes des prises de chaque scène coupées au montage mais conservées scrupuleusement  par le réalisateur.

https://pointculture.be/album/charles-laughton-la-nuit-du-chasseur-coffret-edition-limitee_449626/

http://cinoque.blogs.liberation.fr/2012/10/20/un-document-exceptionnel-sur-la-nuit-du-chasseur/

http://www.wildside.fr/classique/la-nuit-du-chasseur-456.html

Outre la référence à Griffith (dont Laughton a revu les films au MOMA avant le tournage)  on trouve un lien évident avec « M le maudit » de Fritz Lang ou «  Les contrebandiers de Moonfleet » réalisé également en 1955. Il faut encore citer un autre chef d’œuvre du muet, « Sparrows » de William Beaudine a réalisé en 1926 et considérer l’influence des liens existants entre le romancier james Agee auteur du scénario (que Laughton devra synthétiser) et  le photographe de la grande dépression, Walker Evans (Louons maintenant les grands hommes).

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Un lien a aussi été fait notamment par les cahiers du cinéma avec le « southern gothic », un genre littéraire propre au sud des États-Unis, sous genre du roman fantastique qui s’intéresse aux laissés-pour- comptes et fait intervenir le surnaturel, l’onirisme et même le grotesque. David Grubb y côtoie des pointures tel William Faulkner, Carson Mc Cullers ou  William Faulkner.

Appliqué au cinéma, cette appellation concerne les films adaptés de ces romanciers (Tobacco road,  La ménagerie de verre, Un tramway nommé désir, la nuit de l’iguane, une chatte sur un toit brulant, soudain l’été dernier…) mais aussi des films encré dans le sud profond comme « babby doll » d’élia Kazan, «  du silence et des ombres » de Robert Mulligan, la forêt interdite » de Nicolas ray ou « délivrance » de John Boorman.

Plus récemment, les films de Térence Mallick : « la ballade sauvage », « les moissons du ciel » ou « The tree of life » s’y inscrivent également mais c’est une génération de jeune cinéastes travaillants de manière indépendante dans des studios du sud des Etats-Unis qui se rapproche d’une filiation thématique avec « la nuit du chasseur » car elle s’intéresse aux drames de l’enfance ou de l’adolescence.

Jeff Nichols avec « Mud », Benth Zeitlin avec « les bêtes du sud sauvages », David gordon Green avec « Joe », Matthew Gordon avec « summertime » ou Alistair Banks Griffin avec « Two gates of sleep »  en sont les réalisateurs les plus représentatifs.

  https://pointculture.be/album/matthew-gordon-summertime_449775/

  https://pointculture.be/album/jeff-nichols-mud_485316/

 https://pointculture.be/album/benh-zeitlin-les-betes-du-sud-sauvage_482251/

https://pointculture.be/album/david-gordon-green-joe_492125/

https://pointculture.be/album/alistair-banks-griffin-two-gates-of-sleep_449266/

Une sélection de films autour de la « nuit du chasseur » et du « southern gothic » sera présentée à la médiathèque jusqu’à la mi-juillet.

Il est évident que vu ses qualités esthétique le film gagnent  à être d’abord vu sur grand écran mais il ne faut pas s’arrêter à une éventuelle réception mitigée sur le fond d’une œuvre hétéroclite, complexe et toujours déroutante aujourd’hui. C’est un film qui gagne à être vu plusieurs fois  et le documentaire «  Charles Laughton au travail » est vraiment un incontournable du genre. Le coffret édité par « Wild side vidéo » sera évidemment inclus dans la sélection.

Nuit Chasseur

P.M.

 

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